Exposition L’ARRIERE-PAYS, Territoires arabes en archipel : des traversées et des récits, à travers la collection des films et des photographies du Cnap
Exposition présentée par le Centre national des arts plastiques (Cnap) en collaboration avec le Festival d’Avignon.
Bien des œuvres contemporaines constituent des palimpsestes qui enregistrent et consignent un certain nombre de questions-hypothèses en les déplaçant, pour en explorer toute la portée utopique : ressaisies à l’échelle d’un temps commun, entre espace public et espace privé, les représentations singulières de soi entrent en dialogue avec un travail de l’image. Par les jeux du documentaire et de la fiction, les œuvres sont des théâtres qui exposent la conscience tragique du temps tout en la mettant à distance par la juste alchimie d’une forme plastique émancipatrice. Fuite, errance, passages, exil, déplacements, migration, immigration, traversées, abandon, frontières : bien des œuvres contemporaines déclinent tous ces régimes de l’exclusion. Les artistes savent trouver les points de passages, inventer des temporalités autres, repenser des géographies, malgré le dépaysement, l’exil à soi et à sa communauté, les turbulences du temps politique. Collectant des archives et des témoignages en forme de récits, les artistes deviennent à leur tour les témoins – vigie, redonnant la parole à des sujets privés de la possibilité de dire « Je », à la recherche d’un arrière-pays.
Chez le poète Yves Bonnefoy, L’Arrière- pays (1972) désigne un double exil spatial et temporel, une remise en question du présent, une quête d’un autre lieu de la mémoire, de l’Histoire, de l’invisible dans toutes ses composantes.
Conçu comme une traversée à travers des cycles de récits disparates, portant sur la transmission (Marwa Arsanios, Ammar Khodja, Sirine Fatouh, Bouchra Khalili, Elika Hedayat, Dania Reymond) des géographies politiques (Randa Maddah) l’Histoire ensevelie (Ghassan Halwani, Taysir Batniji, Safia Benhaïm), la mémoire (Medhi Meddaci), des fictions politiques (Randa Maroufi, Larissa Sanssour). Toutes ces œuvres s’inscrivent aujourd’hui dans des espaces géopolitiques en guerre ou d’instabilité chronique. Les œuvres valident de fait la grande puissance qu’a l’art de formuler des hypothèses donnant à penser le présent.
Commissariat : Pascale Cassagnau, Conservatrice de la collection audiovisuel, vidéo et nouveaux médias, Pôle collection, Cnap
Illustration : Safia Benaïm, La Fièvre, 2015. Inv. FNAC 2020-0711.
Crédit : Safia Benaïm
